...Une
page d'histoire
Reconstituer l'histoire d'une marque disparue n'est pas chose aisée. Voici les éléments réunis à ce jour. Ils se rapportent principalement à la période alsacienne de JAZ, dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale. Mais JAZ avait déjà acquis ses lettres de noblesse dans une vie antérieure. Ce sera une autre histoire.
Repères
.-1919 : Fondation de la Compagnie industrielle de mécanique horlogère (CIMH), qui fabrique les réveils JAZ.
.-1930 : La marque s'impose sur le marché français.
.-1948 : Création à Colmar de la Société Alsacienne de Précision (SAP)
.-1950 : JAZ vend près d'un million de pièces par an.
.-1951 : JAZ prend le contrôle de la SAP
.-1952 : JAZ rachète également l'usine suisse CARAT, située rue de la Houblonnière à Colmar.
.-1954 : JAZ crée la "Générale horlogère" chargée
de la distribution de JAZ, JAPY et CARAT
.-1957 : JAZ fête les 20 millions de réveils.
.-1963 : Naissance du JAZISTOR, premier réveil électrique.
.-1966 : JAZ invente la date et le jour.
.-1975 : Lancement de 17 montres électroniques et à quartz.
Extraits de la présentation de la collection 1961-1962
...1951-1979
:
Un oiseau Jazeur au pays des cigognes
En 1951, JAZ SA, qui possède son usine principale à Puteaux, s'empare de la Société Alsacienne de Précision (SAP) dont le siège social est à Colmar. Cette société avait été créée à la fin de 1948 par la compagnie Electro-mécanique de Paris.
En 1954, sous l'impulsion de son nouvel actionnaire, la SAP s'implante à Wintzenheim, près de Colmar.
Mais ce n'est qu'en 1975, que JAZ Sa procède à la fusion absorption de sa filiale
En 1976, les unités de fabrication de JAZ, se décomposent ainsi :
-une usine à Wintzenheim, près de Colmar, (40.000 m2 de terrain, 20.000 m2 couverts), qui fabrique l'horlogerie mécanique, électronique et à quartz : 800 personnes.
-une usine à Nanterre (5.000 m2 de terrain, 3.000 m2 couverts) fabriquant des produits industriels et abritant les départements recherche, industrie et après-vente : 290 personnes.
-une usine à Villers-le-Lac, Jura (5.000 m2 de terrain, 3.000 m2 couverts), où sont assemblées les montres : 250 personnes.
JAZ qui emploie 1200 personnes cumule les premières places :
-la première société horlogère française (40% du marché)
-le premier fabricant français d'horlogerie gros volume (51% du marché)
-l'une des premières sociétés sur le marché des montres de marque vendues par le circuit des horlogers-bijoutiers
Les années d'après guerre constituent sans doute les heures de gloire de JAZ. Ainsi c'est en Alsace que JAZ fait réaliser un petit mouvement de luxe pour ses pendulettes. A l'époque on le compare à ceux des montres et le monde horloger applaudit unanimement.
...20
réveils à la minute = 2 millions 500 000 pièces par an
A l'usine de Wintzenheim, qui ne comptait que 150 personnes dans les années
50, on recense 820 salariés, dont 550 sont affectés à la
production et 270 aux services administratifs. La main d'œuvre est composée
pour 60% de femmes, plus habiles pour ce travail. Pour son encadrement JAZ recrute
à Cluses et à Besançon dans les écoles d'horlogerie.
C'est dans une localité toute proche, à Wihr-au-Val, que JAZ a
établi son service d'expéditions. 50 personnes y travaillent et
voient passer entre 12 et 15 000 articles par jour. Pour faire face à
la demande il faut aussi pousser les murs. En moins de 20 ans, JAZ a doublé
la surface de ses ateliers alsaciens.
Vendant encore plus d'un million de réveils mécaniques par
an, JAZ s'oriente vers le réveil électronique. Dans les années
70, sa production dans ce domaine passe de 44 à 83%. Ces modèles
fonctionnant à pile sont fabriqués dans son usine de Colmar.
Parmi les 150 modèles représentant environ 250 références
figurant alors au catalogue, on dénombre 50 modèles mécaniques,
92 modèles électriques et électroniques, 8 modèles
à quartz.
Dans le même temps, à Villers-le-Lac, JAZ s'est lancé
dans la fabrication de montres avec une gamme de plus de 105 modèles
manuels, 20 modèles automatiques, 50 modèles électroniques
et à quartz.

1963: La Générale Horlogère vit ses heures de gloire. L'arrivée du transistor lui permet de connaître un nouvel essor. JAZ affirme : "JAZ, la plus forte production mondiale de pendules à transistor" Dans cette publicité, (Sélection du Reader's Digest de décembre 1963), JAZ mélange les deux genres : transistor en haut et mécanique en bas.
...Trahi par le dollar.
Avec un réseau de 8500 revendeurs répartis dans toute la France, JAZ détient toujours la première place sur le marché.
Mais on se plaît aussi à Colmar à saluer les excellentes performances des ventes à l'étranger. De 1970 à 1975, le chiffre d'affaires relatif aux exportations passe de 10 à 46 millions. JAZ parcoure le monde, des USA au Japon, en passant par le Brésil, l'Inde et naturellement les principaux pays européens. Pourtant, après ces années de gloire, le destin de JAZ se précipite. La chute du dollar, la perte des marchés américains et japonais sont fatals pour l'économie de l'entreprise. La vie de Jaz est alors ponctuée de licenciements : 95 dès l'été 1975. Le réveil JAZ vit ses dernières années. En 1979, Matra devient actionnaire de JAZ SA, avec une participation de 39% du capital. Cette même année, sur les seuls mois de juin et de juillet, la direction constate une diminution de ses ventes de 25 à 30%. En Août 1980, la direction de l'entreprise décide la suppression de 150 emplois, JAZ ne comptant plus que 500 salariés à la fin de cette année. Puis, en 1981, un accord signé entre Matra et Tandy vaut aux ouvriers de Wintzenheim de fabriquer des micro-ordinateurs. Le réveil JAZ est définitivement enterré.
Enfin à la fin de l'année 81, Matra conclut un accord avec Seiko. Il prévoit l'importation de mouvements japonais. En contrepartie Seiko s'engage à commercialiser aux Etats-Unis et au Canada, des pendules, des réveils et des montres de marque JAZ.
En 1983 Matra Micro Systems annonce son intention de mettre un terme à la production horlogère, assurant que les 350 employés toujours affectés à l'horlogeries seraient reclassés en deux ans dans l'informatique.
Puis nouveau coup de théâtre : Matra scinde en deux ses activités: horlogère et informatique. Cette nouvelle restructuration ne modifie en rien le destin de l'industrie horlogère dans cette région. Elle est vouée à la disparition, et il ne s'agit plus que d'une question de mois.
Double page tirée de Paris-Match du 14/12/1963
Sources :
.- Journaux l'Alsace et les Dernières Nouvelles d'Alsace.
.-"L'Alsace, son activité économique", Edition les Dernières Nouvelles d'Alsace.
.-"La Moyenne Alsace Economique", bulletin de la CCI de Colmar.